D - Concrétiser la participation en évaluation
| Ce module porte sur la participation des acteurs locaux dans l’évaluation. Il explique pourquoi cette participation active est utile, pertinente et incontournable lorsque l’on veut que l’évaluation vienne améliorer l’action. |
- La participation en action
- Les principes du développement des communautés en évaluation
- L'éthique en évaluation
La participation en action
La participation des communautés à l’évaluation peut prendre plusieurs formes et se vivre à bien des degrés. Il y a, en effet, toute une gamme de façons de faire, qui vont d’une prise en charge entière de l’évaluation par les responsables d’une démarche, jusqu’à une évaluation menée par un évaluateur externe, mais à laquelle participe la communauté, notamment en donnant son point de vue sur l’initiative. Dans la perspective adoptée ici, la participation se veut totale, c’est-à-dire que les acteurs concernés sont autonomes; on parle donc d’une auto-évaluation. Les responsables de l’initiative contrôlent et réalisent toutes les étapes d’une évaluation (de la définition des dimensions à évaluer à la rédaction des rapports, en passant par la collecte et l’analyse des données) ou bien ils en délèguent la responsabilité à un sous-groupe.
Pourquoi la participation en évaluation?La réalité est construite Des connaissances qui donnent du pouvoir |
Attention toutefois! Lorsque l’on évalue des initiatives de développement des communautés, il est logique que les façons de mener l’évaluation soient concordantes avec les principes qui sous-tendent l’action. Il est aussi essentiel que l’on respecte certaines règles d’éthique propres à l’évaluation.
Les principes du développement des communautés en évaluation
On l’a vu, le développement des communautés repose sur des principes tels que la participation, la concertation et l’augmentation du pouvoir d’agir. Ainsi, pour être cohérent avec cette logique qui sous-tend l’action, il faut s’assurer que l’évaluation respecte ces principes. Mais comment vivre concrètement ces principes lors d’une évaluation?
Les principes de l’évaluation participativeInspirés de la recherche participative axée sur la communauté (Community-based Participatory Research; Minkler et Wallerstein (2003: 55-58), voici comment pourraient s’énoncer les valeurs et les principes de l’évaluation participative:
|
Ce n’est pas parce qu’il s’agit d’une auto-évaluation que l’évaluation est participative. En effet, on pourrait imaginer un comité qui fait une évaluation interne de son travail sans jamais associer, de près ou de loin, les personnes qui gravitent autour de lui. Pour réussir une véritable participation en évaluation, il faut donc:
- obtenir la collaboration du plus grand nombre possible de personnes à toutes les étapes de l’évaluation (par exemple associer le comité de projet au processus d’évaluation, même si un comité d’évaluation est formé);
- solliciter le point de vue de personnes qui, bien qu’extérieures au comité, pourraient avoir une opinion sur ce qui s’y passe (par exemple un membre d’un conseil municipal qui, sans participer au comité, en suit étroitement les travaux ou certains membres de la population plus concernés par l’initiative qui est évaluée);
- recueillir les propos de personnes qui pourraient avoir un point de vue divergent ou conflictuel sur le travail du comité (par exemple des gens qui ont quitté le comité suite à un désaccord);
- associer le plus grand nombre possible de personnes à l’analyse et à la validation des conclusions de l’évaluation.
Selon l’initiative à évaluer, il est important de porter une attention particulière à la participation de partenaires d’autres secteurs. Tout comme le développement des communautés doit être un processus négocié, l’évaluation nécessite aussi d’être discutée entre les acteurs concernés, tant en ce qui a trait à sa nature qu’à ses objectifs, ses méthodes de collecte et d’analyse, etc. Il faut donc s’assurer de mettre sur la table les attentes des uns et des autres et tenter de dégager un terrain d’entente pour l’évaluation.
Un autre principe d’action au cœur du développement des communautés est celui de l’augmentation du pouvoir d’agir des personnes. L’évaluation doit s’inscrire dans cette perspective. En fait, amener les acteurs concernés à mener eux-mêmes leur évaluation contribue à augmenter leur capacité d’agir dans une initiative. L’évaluation participative centrée sur les processus fournit de nombreuses occasions de réfléchir et de discuter sur les actions menées et sur les principes qui les sous-tendent. Les participants sont ainsi plus à même de comprendre ce qu’ils font et de réajuster leurs actions.
L’éthique en évaluation
L’évaluation, telle que présentée dans ce Guide, vise à augmenter le pouvoir d’agir des acteurs concernés afin qu’ils améliorent leurs actions. L’évaluation est ainsi au service de l’action. Elle ne doit en aucun cas nuire au projet évalué non plus qu’aux personnes qui y sont impliquées. Quelques règles éthiques utilisées en recherche indiquent les précautions à prendre, mais elles doivent être formulées dans le contexte d’une auto-évaluation participative telle que proposée dans ce Guide.
Consentement libre et éclairé
Dans tout projet de recherche ou d’évaluation, les personnes sont libres de participer ou non et leur engagement doit pouvoir s’appuyer sur une connaissance suffisante de ce qui leur est demandé. Souvent, on ne demande le consentement de quelqu’un que pour sa participation à une entrevue ou pour remplir un questionnaire. Dans une auto-évaluation participative, le consentement des participants doit aussi tenir compte des caractéristiques suivantes:
- il s’agit d’un engagement à long terme, duquel on peut néanmoins se retirer en cours de route;
- l’évaluation portant sur nos façons de faire, il se peut que certaines pratiques ou certains propos soient remis en question par le groupe;
- l’engagement est à double sens: on accepte de se questionner, mais je peux aussi questionner le groupe et les autres;
- si je veux que l’on respecte mon droit de parole, je dois aussi respecter celui des autres.
Le consentement peut s’obtenir verbalement au sein d’un comité lorsque le projet est présenté. Pour ce qui est de participation ponctuelle, par exemple à des entrevues individuelles, il est nécessaire de faire signer un formulaire de consentement (voir module 4).
Ne pas nuire à la dynamique interne d’un comité ou d’une communauté
Réfléchir sur nos façons de faire et nos actions consiste tout aussi bien à nommer nos bons coups passés qu’à porter un regard critique sur ce que l’on fait maintenant. Mais tout cela doit se faire dans le respect et dans un esprit constructif; c’est le rôle du responsable de s’en assurer. Les quelques pistes peuvent être utiles à cet égard:
- s’entendre, dès le départ des travaux collectifs sur l’évaluation, sur les règles à respecter;
- s’assurer que les débats portent sur les dimensions décidées par le groupe;
- faire en sorte que les critiques soient formulées avec respect;
- garantir la confidentialité des propos tenus en groupe.
Faire valider les propos recueillis et certaines interprétations ou analyses permet également d’assurer le respect des points de vue individuels et de la dynamique d’un groupe.
Conserver l’anonymat
Dans une auto-évaluation participative, les points de vue des acteurs constituent le cœur des données à recueillir. Aussi, les questions de la confidentialité des propos et de l’anonymat des participants se posent-elles de façon particulière.
Lorsque l’on recueille les informations en groupe et qu’elles font l’objet de discussion, il est bien certain que les points de vue de chacun sont connus des autres. Malgré tout, il faut s’assurer que si les propos de quelqu’un sont réutilisés en dehors du groupe et du contexte où ils ont été émis (par exemple, on rapporte au comité de projet pour analyse des propos recueillis dans le journal collectif), il est essentiel de conserver l’anonymat de la personne concernée. Ainsi, non seulement faut-il ne pas mentionner de qui viennent ces propos, mais on doit également s’assurer qu’une partie des propos ne permettra pas d’en identifier l’auteur.
* Verbatim : Transcription exacte, mot à mot, des propos tenus par une personne.
De même, lorsqu’on mène des entrevues individuelles, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur du comité de projet, il est essentiel que les données qui en sont issues (verbatim*, fiches synthèses, cassettes, etc.) ne portent pas le nom de l’auteur des propos et qu’elles soient conservées de façon sécuritaire.
En résumé, il ne faut jamais nuire aux personnes qui participent à l’évaluation ou qui ont donné leur opinion et donc à aucun moment il ne doit être possible d’identifier qui a tenu les propos que l’on rapporte.
À RETENIR!L’évaluation portant sur les principes d’action propres à une initiative, il est essentiel que les acteurs concernés participent à l’évaluation. Les approches de développement des communautés visent toutes à augmenter le pouvoir d’agir des individus et des communautés sur leur propre devenir. Il est donc logique que l’évaluation contribue à cet objectif et soit une occasion pour les acteurs locaux de devenir plus efficaces dans leur projet. Le principe même de l’auto-évaluation exige que les acteurs engagés dans une initiative mènent eux-mêmes leur propre évaluation, quitte à demander du soutien extérieur. Cette auto-évaluation doit être participative, intégrant tous les acteurs concernés par un projet, notamment ceux qui ont un point de vue différent. Dans toute évaluation participative, il y a des règles éthiques à respecter:
|












